Cours de l’argent : pourquoi de telles variations ?
Début novembre (il y a 3 mois), l’once d’argent cotait 43 euros à Londres. Fin janvier, le cours avoisinait les 100 euros, avant de perdre plus de 30% en quelques jours pour revenir autour de 67 euros aujourd’hui. Il s’agit de variations brusques et spectaculaires pour un métal précieux souvent considéré comme une alternative à l’or.
Pénuries
Il y a d’abord les causes rationnelles de la hausse. Le marché de l’argent est en déficit structurel : beaucoup de demande et pas assez d’offre. La demande est tirée par l’industrie qui consomme 65% de la production, et plus particulièrement le photovoltaïque, qui a doublé son utilisation d’argent en 5 ans (20% de la production aujourd’hui). Avec une offre qui est approximativement restée au niveau d’il y a 10 ans, on obtient logiquement un déficit annuel : à fin 2025, il devrait manquer environ 3600 tonnes d’argent*. Ce sera la 5ème année consécutive de déficit et cela explique l’appréciation de 24% par an au cours des 5 dernières années.
Un métal stratégique
L’argent est sur la liste des 60 minéraux critiques des USA, pour son utilisation dans les circuits électriques, les batteries, les panneaux solaires, et les instruments médicaux antibactériens. Les applications militaires sont nombreuses et on trouve de l’argent dans les systèmes GPS, les antennes, les radars, les systèmes de guidage, les miroirs et les lentilles, les détecteurs infrarouge, les systèmes de vision nocturne, etc. Il y a de l’argent dans les missiles Tomawak, et les torpilles des sous-marins américains utilisent des batteries en argent. Enfin, autre dynamique du moment : l’IA et ses besoins énormes de datacenter qui utilisent le métal.
L’ombre du grand frère
Si l’or tient souvent la vedette – la valeur refuge par excellence – certains voient dans l’argent un petit frère et une partie de la hausse s’explique par un lien avec le métal jaune. Après tout c’est également un métal précieux et ceux qui perdent confiance dans les monnaies, ou doutent de la solidité financière des états peuvent y voir une alternative moins chère que l’or.
Sauf que le marché de l’argent est plus petit. Beaucoup plus petit. La valeur de la production mondiale est 8 à 10 fois inférieure à celle de l’or, et les volumes échangés par jour en temps normaux sont au moins 20 fois plus petits. Cela a une conséquence : le marché de l’argent est beaucoup plus sensible et volatil que celui de l’or. Les envolées sont plus spectaculaires. Les chutes aussi.
Spéculation
Un marché plus volatil attire évidemment les spéculateurs, à la hausse et à la baisse. La multiplication des produits facilement accessibles, parfois avec effet de levier, et les gains spectaculaires a encouragé la spéculation par les particuliers, notamment chinois. La demande a été telle qu’à son paroxysme, il coûtait 25% plus cher d’acheter de l’argent en Chine que sur le marché international.
La spéculation a également pris la forme d’importants achats et ventes d’options et de produits dérivés. Les volumes ont logiquement explosé : sur le mois de janvier, rien qu’à la bourse de Chicago, où se traitent les métaux aux Etats unis, les volumes ont augmenté de 230% par rapport à janvier 2025. Et sur la seule journée du 30 janvier, il s’est échangé près de 200 milliards de dollars de contrats sur l’argent.
Certains en profitent : après avoir fait d’importants gains sur la hausse de l’or et de l’argent, un milliardaire chinois, Biam Ximing, à travers la société Zhongcai Futures, a ainsi parié à la baisse de l’argent en vendant 450 tonnes à terme, sur la bourse de Shangaï. Un pari de plusieurs milliards qui lui aurait rapporté près de 300 millions de dollars et qui a sans nul doute amplifié les variations des derniers jours.
Les arbres croissent mais ne montent pas jusqu’au ciel
D’autres facteurs techniques se sont rajoutés : la forte hausse de l’argent en janvier a contraint les bourses à exiger davantage de dépôts pour pouvoir investir sur les métaux. Certains, n’ayant pas les liquidités, ont réduit leur exposition engendrant des ventes, renforçant la fragilité du marché.
En effet, quand le cours d’un actif prend une forme exponentielle, il faut s’attendre à des corrections. Malgré une baisse de plus de 30% par rapport au sommet, l’argent s’apprécie toujours de plus de 10% sur 2026, après une performance de 120% en 2025. Et pour beaucoup, malgré la volatilité, les facteurs fondamentaux (déficit offre/demande, caractère stratégique du métal, demande structurelle liée à l’électrification, etc.) restent intacts.
* Source : The Silver Institute.
Avertissement :
Le cours de l’or peut varier significativement à la hausse ou à la baisse. Les informations contenues dans ce document ne constituent pas une recommandation d’investissement et le lecteur est invité à prendre conseil auprès de professionnels pour la gestion de son épargne.
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