Fiscalité : l’erreur de base qui coûte cher lors d’une revente
Vous avez acheté de l’or il y a dix ans. Aujourd’hui, vous décidez de vendre. Le cours a bien monté, vous êtes satisfait. Puis vient la question fiscale.
Et là, surprise : vous allez payer plusieurs centaines d’euros de plus que nécessaire. Non pas parce que les règles sont injustes, mais parce qu’une erreur simple, commise des années plus tôt, vient de vous rattraper.
Cette erreur, c’est celle que font la majorité des épargnants. Et elle se joue au moment de l’achat, pas de la vente.
Les deux régimes fiscaux de l’or en France
Quand vous vendez de l’or physique (lingots, pièces), deux régimes fiscaux s’appliquent en France :
1. La Taxe sur les Métaux Précieux (TMP)
- Taux : 11,5 % du prix de vente total
- Appliquée par défaut si vous ne pouvez pas prouver la date et le prix d’achat
- Pas besoin de justificatif — mais vous payez sur la totalité, pas sur la plus-value
2. Le régime des plus-values sur biens meubles
- Taux : 36,2 % sur la plus-value uniquement (19 % + 17,2 % prélèvements sociaux)
- Abattement de 5 % par an à partir de la 3ème année de détention
- Exonération totale après 22 ans
- Condition absolue : pouvoir prouver la date et le prix d’achat (facture nominative)
L’exemple qui montre tout
Prenons un cas concret.
Situation : Vous avez acheté un lingot de 100g en 2012 pour 4 200 €. En janvier 2026, vous le vendez 7 800 €.
Plus-value brute : 7 800 – 4 200 = 3 600 €
Scénario A — Vous avez la facture (régime plus-values) :
- Détention : 14 ans → Abattement : 12 ans × 5 % = 60 %
- Plus-value taxable : 3 600 × 40 % = 1 440 €
- Impôt : 1 440 × 36,2 % = 521 €
Scénario B — Vous n’avez pas la facture (TMP par défaut) :
- Impôt : 7 800 × 11,5 % = 897 €
Différence : 376 € perdus — simplement parce que la facture n’existe pas ou n’est pas retrouvable.
Sur un patrimoine plus important (plusieurs lingots, pièces accumulées), l’écart peut atteindre plusieurs milliers d’euros.
Pourquoi l’erreur se joue à l’achat
Le régime fiscal n’est pas choisi au moment de la vente. Il est déterminé par ce que vous pouvez prouver sur les conditions d’achat.
Pas de facture nominative = pas d’accès au régime des plus-values = TMP automatique.
L’erreur de base, c’est donc :
- Acheter en espèces sans facture nominative
- Acheter à un particulier sans trace écrite
- Perdre ou mal archiver la facture
- Hériter d’or sans preuve d’acquisition d’origine
Dans tous ces cas, vous êtes privé du choix fiscal. Et souvent, c’est le régime le moins avantageux qui s’applique.
Le cas particulier des successions
L’or hérité pose un problème spécifique. Si le défunt n’a pas conservé les factures d’achat, les héritiers ne peuvent pas prouver le prix d’acquisition.
Résultat : TMP obligatoire, même si l’or a été détenu 30 ans et que l’exonération totale aurait pu s’appliquer.
C’est l’une des situations les plus frustrantes — et les plus fréquentes.
Ce qu’il faut faire (et ne prend que 10 minutes)
À l’achat :
- Exiger une facture nominative (votre nom, la date, le prix, la description précise de l’objet)
- Vérifier que le numéro de série du lingot ou la description de la pièce figure sur la facture
- Payer par virement ou carte (trace bancaire en complément)
Pour le stockage :
- Conserver la facture originale dans un endroit sûr (coffre, cloud sécurisé)
- En faire une copie numérique
- Photographier les pièces/lingots avec leur numéro de série visible
- Tenir un inventaire à jour (type, poids, pureté, date d’achat, prix, localisation)
En cas d’héritage :
- Chercher les factures dans les papiers du défunt
- Contacter le vendeur d’origine si identifiable (certains conservent des archives)
- Documenter tout ce qui peut établir une date d’acquisition approximative
Le test en une question
Pour chaque pièce ou lingot que vous possédez, posez-vous cette question :
“Si je vends demain, puis-je prouver quand et à quel prix j’ai acheté ?”
Si la réponse est non, vous êtes déjà en situation de perte fiscale potentielle. Mais il n’est pas trop tard pour documenter ce qui peut l’être — et pour ne plus jamais acheter d’or sans facture nominative.
L’erreur de base coûte cher. Mais elle est 100 % évitable.
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