Ce que font les grandes fortunes avec leur or — et pourquoi vous devriez vous en inspirer
Les grandes fortunes ne gèrent pas leur or comme vous. Elles appliquent des stratégies inaccessibles au grand public — du moins en apparence. Mais certains de leurs principes sont parfaitement transposables. Et les ignorer, c’est passer à côté d’une partie de ce qui fait l’efficacité de leur patrimoine.
Le secret le moins bien gardé : l’allocation stratégique
Selon les études de Knight Frank et Capgemini, les Ultra High Net Worth Individuals (UHNWI — patrimoine supérieur à 30 millions de dollars) allouent en moyenne 3 à 7% de leur patrimoine total à l’or et aux métaux précieux.
Ce n’est pas une part dominante. Ce n’est pas non plus négligeable. C’est une allocation de protection, calibrée pour jouer son rôle sans déséquilibrer le portefeuille global.
La plupart des épargnants français, eux, ont soit 0% (aucune exposition à l’or), soit parfois 30-50% (surexposition émotionnelle). Les deux extrêmes sont sous-optimaux.
Premier principe : la diversification géographique
Les grandes fortunes ne stockent pas tout leur or au même endroit. Elles le répartissent entre :
- Plusieurs pays (Suisse, Singapour, îles Anglo-Normandes, parfois Dubaï)
- Plusieurs types de coffres (banques privées, coffres indépendants, zones franches)
- Plusieurs juridictions fiscales (pour limiter le risque de confiscation ou de gel)
Pourquoi cette dispersion ? Parce que l’or est un actif de dernier recours. S’il doit servir, ce sera probablement dans un contexte de crise — et dans ce contexte, avoir tout son or dans un seul pays ou une seule institution est risqué.
Ce que vous pouvez en retenir : Même à une échelle modeste, répartir son or entre un coffre personnel, un coffre bancaire et éventuellement un coffre en zone franche (Suisse, Luxembourg) réduit votre exposition à un risque unique.
Deuxième principe : l’or alloué et ségrégué
Les grandes fortunes n’achètent pas de l’or “papier” (ETF, certificats). Elles détiennent de l’or physique alloué — c’est-à-dire des lingots spécifiques, identifiés par leur numéro de série, stockés à leur nom.
Mieux encore : elles exigent un stockage ségrégué. Leurs lingots ne sont pas mélangés avec ceux d’autres clients. Ils sont dans un espace dédié, identifiable, auditable.
Pourquoi cette exigence ? Parce qu’en cas de faillite du dépositaire, l’or alloué et ségrégué reste la propriété du client. L’or mutualisé (pooled) peut être considéré comme un actif du dépositaire — et donc saisi par ses créanciers.
Ce que vous pouvez en retenir : Quand vous stockez de l’or chez un tiers, posez la question : “Mon or est-il alloué ? Est-il ségrégué ?” Si la réponse est floue, méfiez-vous.
Troisième principe : la documentation irréprochable
Les family offices qui gèrent les grandes fortunes conservent une documentation exhaustive :
- Certificats d’authenticité pour chaque lingot
- Factures d’achat datées avec numéros de série
- Audits réguliers par des tiers indépendants
- Photographies des lingots avec leur numéro visible
- Attestations de stockage mises à jour annuellement
Cette rigueur n’est pas de la paranoïa. C’est ce qui permet de prouver la propriété en cas de litige, de bénéficier du régime fiscal des plus-values, et de transmettre sereinement.
Ce que vous pouvez en retenir : Conservez tous vos documents d’achat dans un endroit sûr (coffre, cloud sécurisé). Ils valent presque autant que l’or lui-même.
Quatrième principe : l’achat progressif
Les grandes fortunes n’achètent pas tout leur or en une fois. Elles pratiquent le dollar-cost averaging (investissement progressif) : des achats réguliers, étalés dans le temps, quel que soit le cours.
Pourquoi ? Parce que personne — même les meilleurs gestionnaires — ne peut prédire le cours de l’or à court terme. En achetant régulièrement, on lisse le prix d’entrée et on évite le risque d’acheter au plus haut.
Ce que vous pouvez en retenir : Plutôt que d’attendre “le bon moment” (qui n’arrive jamais), définissez un budget mensuel ou trimestriel et tenez-vous-y. En dix ans, vous aurez constitué une position significative à un prix moyen optimisé.
Cinquième principe : la transmission anticipée
Les grandes fortunes ne découvrent pas la question de la transmission au moment du décès. Elles l’organisent des décennies à l’avance :
- Donations progressives aux enfants et petits-enfants pour utiliser les abattements fiscaux
- Structuration via des holdings familiales dans certains cas
- Documentation claire sur la localisation et la valeur des avoirs
- Instructions précises aux héritiers sur la gestion post-succession
Ce que vous pouvez en retenir : Parlez de votre or à vos héritiers. Expliquez-leur où il se trouve, comment y accéder, et pourquoi vous l’avez acheté. Un héritage d’or sans mode d’emploi est un héritage à moitié perdu.
Ce qui est inaccessible — et ce qui ne l’est pas
Certaines stratégies des grandes fortunes restent hors de portée :
- Les coffres en zone franche suisse (minimum souvent à 100 000 €)
- Les structures de détention offshore (coûts fixes élevés)
- L’accès aux marchés de gré à gré (volumes minimums)
Mais les principes fondamentaux sont applicables à toute échelle :
- Allouer 3-7% de son patrimoine à l’or
- Diversifier les lieux de stockage
- Exiger de l’or physique, pas du papier
- Documenter méticuleusement
- Acheter progressivement
- Anticiper la transmission
Ce n’est pas la taille du patrimoine qui fait la qualité de la gestion. C’est la rigueur avec laquelle on applique ces principes.
La leçon des grandes fortunes
Les ultra-riches ne considèrent pas l’or comme un investissement “excitant”. Ils ne cherchent pas à “faire un coup”. Ils voient l’or pour ce qu’il est : une assurance.
Une assurance qu’on espère ne jamais utiliser, mais qu’on est content d’avoir le jour où tout le reste vacille.
C’est cette approche — patiente, méthodique, déspassionnée — qui distingue ceux qui détiennent de l’or depuis des générations de ceux qui achètent dans la panique et revendent dans le regret.
Vous n’avez pas besoin de millions pour penser comme eux. Vous avez juste besoin de comprendre pourquoi l’or a sa place dans un patrimoine bien construit.
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