Rupture de stock sur l’argent métal : faut-il vraiment s’inquiéter ?
Rupture de stock sur l’argent métal : faut-il vraiment s’inquiéter ?
Les rumeurs circulent depuis des mois : l’argent métal serait en voie de rupture de stock. Les coffres se videraient. Les raffineries ne suivraient plus. Qu’en est-il vraiment ?
La réponse est nuancée — mais les chiffres sont préoccupants.
Ce que disent les données officielles
Selon le Silver Institute, le marché de l’argent est en déficit structurel depuis 2021. Chaque année, la demande dépasse l’offre :
- 2021 : Déficit de 51 millions d’onces
- 2022 : Déficit de 237 millions d’onces
- 2023 : Déficit de 184 millions d’onces
- 2024 : Déficit estimé à 176 millions d’onces
En quatre ans, le marché a consommé 650 millions d’onces de plus qu’il n’en a produit. Cette différence a été comblée par les stocks existants — coffres des ETF, réserves des gouvernements, inventaires des négociants.
Les stocks fondent
Les stocks identifiables d’argent physique diminuent rapidement :
- COMEX (stocks enregistrés à New York) : Passés de 400 millions d’onces en 2021 à environ 280 millions début 2026
- LBMA (coffres de Londres) : Environ 800 millions d’onces, en baisse constante depuis 3 ans
- ETF argent : Sorties nettes de 150 millions d’onces depuis 2022
Au rythme actuel de déficit (~180 millions d’onces/an), les stocks connus pourraient s’épuiser en 4 à 6 ans — si rien ne change.
Pourquoi l’offre ne suit pas
La production d’argent est structurellement limitée pour plusieurs raisons :
1. L’argent est un sous-produit
Environ 55% de l’argent mondial est extrait comme sous-produit de mines de cuivre, de zinc ou de plomb. Seules 28% des mines sont des mines d’argent primaires.
Conséquence : la production d’argent dépend largement de la production d’autres métaux. Même si le prix de l’argent double, les mineurs de cuivre n’augmenteront pas leur production pour autant.
2. Le sous-investissement minier
Les investissements dans les mines d’argent ont été faibles pendant une décennie (2013-2023), période de cours relativement bas. Les nouvelles mines mettent 7 à 10 ans à entrer en production.
3. Les teneurs en minerai baissent
Les gisements les plus riches ont été exploités en premier. Les teneurs moyennes diminuent : il faut extraire plus de roche pour obtenir la même quantité d’argent, ce qui augmente les coûts.
Pourquoi la demande explose
Côté demande, plusieurs forces convergent :
Le solaire
L’industrie photovoltaïque consomme 232 millions d’onces d’argent par an — et ce chiffre augmente de 15-20% chaque année. D’ici 2030, le solaire pourrait absorber 400 millions d’onces, soit près de la moitié de la production mondiale.
L’électronique
L’argent est présent dans tous les appareils électroniques : smartphones, ordinateurs, serveurs, équipements médicaux. La digitalisation mondiale pousse cette demande à la hausse.
Les véhicules électriques
Un véhicule électrique contient 25 à 50 grammes d’argent (connecteurs, batteries, électronique). Avec 15-20 millions de VE vendus par an, c’est une demande supplémentaire de 40 à 80 millions d’onces.
Ce que “rupture de stock” signifie vraiment
Attention aux malentendus. “Rupture de stock” ne signifie pas que l’argent va disparaître du jour au lendemain.
Ce que ça signifie :
- Les primes sur l’argent physique pourraient augmenter fortement (écart entre le cours spot et le prix réel d’achat)
- Les délais de livraison pourraient s’allonger
- Certains produits (pièces spécifiques, lingots de certaines tailles) pourraient devenir indisponibles temporairement
- Le cours lui-même pourrait s’envoler si la tension devient critique
Ce que ça ne signifie pas :
- Qu’il n’y aura plus d’argent du tout
- Que le cours va nécessairement exploser demain
- Qu’il faut acheter dans la panique
Les signaux à surveiller
Voici les indicateurs qui peuvent annoncer une tension réelle sur le marché :
- Primes physiques : Si l’écart entre le cours spot et le prix chez les détaillants dépasse 20-25%, c’est un signe de tension
- Stocks COMEX : Une chute rapide des stocks enregistrés est un signal d’alerte
- Ratio or/argent : Actuellement autour de 85:1, contre une moyenne historique de 60:1. Un retour vers cette moyenne impliquerait une hausse significative de l’argent
- Délais de livraison : Des délais qui s’allongent chez les fournisseurs indiquent une tension sur l’offre
Faut-il s’inquiéter ?
Le déficit structurel de l’argent est réel et documenté. Il ne s’agit pas d’une théorie complotiste mais de données publiées par les institutions de référence du secteur.
Pour un investisseur, plusieurs lectures sont possibles :
Lecture optimiste : Le prix de l’argent finira par refléter cette rareté croissante. Ceux qui en détiennent pourraient voir leur investissement s’apprécier significativement.
Lecture prudente : Les marchés peuvent rester irrationnels longtemps. Le déficit existe depuis 4 ans et le cours n’a pas explosé. D’autres facteurs (dollar, taux, sentiment) jouent aussi.
Lecture pratique : Si vous souhaitez acheter de l’argent physique, mieux vaut ne pas attendre une éventuelle tension sur l’offre. Acheter progressivement, sans panique, reste la meilleure approche.
L’argent ne va pas disparaître. Mais sa disponibilité et son prix pourraient changer — et pas nécessairement en faveur des acheteurs tardifs.
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