Ce que les Indiens savent sur l’or que les Français ignorent
L’Inde est le deuxième consommateur mondial d’or. Mais ce n’est pas qu’une question de volume — c’est une culture millénaire, un savoir-faire, une relation à l’or que les Européens ne comprennent pas vraiment.
Les chiffres qui situent
Selon le World Gold Council, l’Inde consomme chaque année :
- 700 à 900 tonnes d’or (selon les années)
- Environ 25% de la demande mondiale de bijoux
- Plus de 50 tonnes d’or d’investissement (pièces, lingots)
Le stock d’or détenu par les ménages indiens est estimé à 25 000 tonnes — plus que les réserves de la Fed, de la BCE et de la Banque de France réunies.
En proportion du patrimoine des ménages, l’or représente environ 25% en Inde, contre moins de 2% en France.
Leçon 1 : L’or est liquide partout
En Inde, n’importe quel bijoutier rachète de l’or. Pas besoin de facture, pas besoin de certificat. Vous entrez avec un bracelet, vous ressortez avec des roupies. Liquidité immédiate, dans n’importe quel village du pays.
Cette liquidité universelle est le fruit de 5 000 ans de pratique. L’or est une monnaie parallèle, acceptée partout, par tous.
Leçon 2 : L’or se porte
En Occident, afficher ses bijoux peut sembler ostentatoire. En Inde, c’est l’inverse : les bijoux en or sont une épargne visible, un signe de prospérité familiale, un patrimoine que l’on porte sur soi.
Une femme indienne avec des bracelets en or n’est pas “vantarde” — elle montre que sa famille a su épargner, traverser les épreuves, construire quelque chose.
Leçon 3 : Le “Streedhan” protège les femmes
Le Streedhan est une institution juridique et culturelle unique. Il désigne les bijoux offerts à une femme lors de son mariage — et ces bijoux lui appartiennent en propre, quoi qu’il arrive.
Même en cas de divorce, de décès du mari, de faillite familiale : le Streedhan est intouchable. Le mari ne peut pas le saisir. Les créanciers non plus.
C’est une forme de protection sociale par l’or — une assurance vie et dignité pour les femmes.
Leçon 4 : L’or traverse les crises
L’Inde a connu :
- La colonisation britannique (250 ans)
- La partition de 1947 (des millions de réfugiés)
- Plusieurs guerres avec le Pakistan
- Des dévaluations monétaires brutales
- La démonétisation de 2016 (86% des billets invalidés du jour au lendemain)
À chaque crise, l’or a survécu. Les roupies ont changé, les gouvernements ont changé, les frontières ont changé — mais l’or est resté. Cette mémoire collective des crises est inscrite dans la culture indienne.
Ce que les Français ont oublié
En France aussi, l’or a joué ce rôle. Nos grands-parents se souviennent des Napoléons cachés pendant l’Occupation, des pièces cousues dans les doublures pour fuir.
Mais deux générations de stabilité monétaire ont effacé cette mémoire. L’or est devenu un “placement alternatif”, une curiosité, parfois un vestige du passé.
Les Indiens, eux, n’ont jamais oublié. Chaque mariage, chaque naissance, chaque fête religieuse leur rappelle : l’or protège quand tout le reste vacille.
Ce qu’on peut en retenir
Il ne s’agit pas de devenir indien. Mais certaines leçons sont universelles :
- L’or n’est pas un investissement au sens occidental — c’est une fondation
- La liquidité de l’or physique est sous-estimée en Europe
- L’or peut être un outil d’autonomie (notamment pour les femmes)
- Le rapport culturel à l’or change tout dans son usage
5 000 ans de sagesse. Ça mérite peut-être qu’on y prête attention.
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