Pourquoi les produits adossés à l’or ne protègent pas tous de la même façon
ETF, certificats, comptes en or, or physique : tous affichent une exposition au métal jaune. Mais leur comportement en période de stress peut diverger radicalement. Ce qui les distingue n’est pas toujours visible au premier regard.
Quatre façons d’être « exposé » à l’or
Le marché propose plusieurs véhicules pour investir dans l’or. Chacun repose sur une mécanique différente :
L’or physique (pièces, lingots) : vous êtes propriétaire d’un bien tangible. Aucun intermédiaire n’est nécessaire pour que cet or existe ou conserve sa valeur. La contrepartie : stockage, assurance et liquidité à organiser soi-même.
Les ETF or (comme le SPDR Gold Shares ou iShares Gold Trust) : vous détenez des parts d’un fonds qui détient de l’or physique. La valeur suit le cours de l’or, mais vous n’avez aucun droit direct sur les lingots. En cas de liquidation du fonds, vous récupérez une valeur monétaire, pas du métal.
Les certificats or : vous détenez une créance sur un émetteur (souvent une banque). Si l’émetteur fait défaut, votre certificat devient une ligne dans une procédure de faillite.
Les comptes en or non alloué : votre or est mélangé avec celui d’autres clients. Juridiquement, vous êtes créancier de la banque, pas propriétaire d’un bien identifié.
Ce qui se passe quand le système est sous pression
En temps normal, ces distinctions semblent théoriques. Les ETF suivent le cours spot à 0,1 % près, les certificats sont liquides, les comptes en or fonctionnent sans friction.
Mais en mars 2020, lors du choc Covid, les écarts se sont creusés.
Le cours spot de l’or physique (lingots livrables à Londres) s’est décorrélé des contrats à terme (COMEX) de plus de 70 $ l’once — un écart inédit depuis des décennies. Certains ETF ont temporairement suspendu les créations de parts. Les primes sur les pièces physiques ont atteint 10 à 15 % au-dessus du cours spot.
Ce n’était pas une crise majeure. C’était un stress test de quelques semaines. La leçon : en période de tension, tous les « ors » ne se comportent pas de la même façon.
Les trois critères qui font la différence
Pour évaluer un produit adossé à l’or, trois questions permettent de situer son niveau de protection :
1. Qui détient réellement l’or ? Vous, un fonds, une banque ? Et sous quelle forme juridique ?
2. L’or est-il alloué ou non alloué ? L’or alloué est identifié (numéro de série, poids, titre). L’or non alloué est une créance.
3. Que se passe-t-il en cas de défaut de l’intermédiaire ? Vous récupérez du métal ou une indemnisation monétaire ?
Ce que cela implique pour un investisseur particulier
Il n’y a pas de mauvais choix absolu. Un ETF or peut convenir à un investisseur qui cherche une exposition simple, liquide et fractionnée. Un certificat peut s’intégrer dans un portefeuille diversifié sans contrainte de stockage.
Mais pour ceux qui cherchent une réserve de protection contre les crises systémiques, la question n’est pas « combien d’or ai-je ? » mais « cet or existera-t-il encore si le système qui le supporte vacille ? »
La réponse dépend entièrement de la structure juridique du produit choisi.
Retour