Pourquoi la liquidité devient le vrai sujet quand la volatilité s’installe
Quand les marchés deviennent plus agités, l’attention se focalise presque toujours sur les variations de prix. L’or monte de 3 % en une semaine, le CAC 40 perd 5 % en trois jours, le bitcoin oscille de 10 % dans la journée. Ces chiffres font les gros titres.
Pourtant, ce n’est pas la volatilité en elle-même qui crée les situations les plus inconfortables. C’est ce qu’elle révèle en second plan : la liquidité réelle des actifs détenus.
La volatilité n’est qu’un symptôme
Un prix qui bouge vite impressionne. Il donne l’impression que le risque principal se situe dans l’amplitude des mouvements. En réalité, la volatilité n’est qu’un signal de surface.
Ce qui compte vraiment, c’est la capacité à agir pendant ces mouvements. Pouvoir vendre, arbitrer ou simplement ajuster une position sans délai excessif ni décote forcée devient un critère déterminant.
En mars 2020, au plus fort de la panique liée au Covid, certains ETF obligataires (fonds cotés investis en obligations) se sont mis à coter avec des écarts de 5 % à 7 % par rapport à leur valeur liquidative théorique. Les investisseurs qui voulaient vendre ont dû accepter une décote immédiate — non pas parce que les obligations sous-jacentes avaient perdu cette valeur, mais parce que la liquidité s’était brutalement contractée.
Quand la liquidité cesse d’être théorique
En période calme, presque tout semble liquide. Les plateformes fonctionnent, les carnets d’ordres sont fournis, les délais paraissent acceptables. La liquidité est alors perçue comme acquise, comme l’eau du robinet.
Lorsque la volatilité s’installe, cette impression disparaît. Les spreads (écarts entre prix d’achat et prix de vente) se creusent. Les délais d’exécution s’allongent. Certaines contreparties se font plus rares.
Sur le marché de l’or physique, ce phénomène est bien documenté. En période de forte demande, les primes sur les pièces et lingots peuvent grimper de 3 % à 8 % au-dessus du cours spot (prix de référence international de l’or). En 2020, certaines pièces courantes comme le Napoléon 20 francs se négociaient avec 10 % de prime. La liquidité existait, mais à un prix différent.
Les actifs ne réagissent pas tous de la même façon
Face à une montée de l’incertitude, tous les actifs ne révèlent pas les mêmes fragilités.
L’or coté reste l’un des marchés les plus profonds au monde, avec des volumes quotidiens supérieurs à 100 milliards de dollars. Un lingot d’un kilo peut se vendre en quelques heures chez un professionnel.
L’immobilier, en revanche, nécessite plusieurs mois pour une transaction complète. Les SCPI (sociétés civiles de placement immobilier, qui permettent d’investir dans l’immobilier via des parts) ont parfois suspendu temporairement les rachats en 2023-2024, faute d’acheteurs suffisants.
Les actions cotées restent liquides en théorie, mais leur valeur au moment de la vente dépend entièrement du contexte. Vendre dans la panique, c’est souvent vendre au pire moment.
Ce que les périodes instables mettent réellement à l’épreuve
Lorsque la volatilité augmente, la question n’est plus “à quel prix puis-je vendre”, mais “dans quelles conditions puis-je vendre”.
C’est dans ces moments que certains choix patrimoniaux, jugés confortables en période calme, révèlent leurs limites. La liquidité n’est alors plus un détail technique réservé aux professionnels. Elle devient un facteur central de maîtrise — ou de perte de contrôle.
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