Actions et obligations : le rapport de force en cours de test en ce début d’année
En ce début d’année 2026, les marchés financiers sont engagés dans une phase d’ajustement délicate.
Les actions et les obligations évoluent dans un rapport de force incertain, alors que les investisseurs cherchent à comprendre quelle classe d’actifs joue à nouveau son rôle traditionnel dans un contexte économique profondément modifié.
Ce rapport de force est observé de près, car il constitue l’un des indicateurs les plus lisibles de la confiance — ou de l’hésitation — des marchés.
Ce qu’on appelle un cycle de resserrement monétaire
Entre 2022 et 2024, les principales banques centrales ont engagé ce que l’on appelle un cycle de resserrement monétaire.
Cela signifie une période durant laquelle les banques centrales augmentent leurs taux d’intérêt directeurs afin de freiner l’inflation et de ralentir une économie jugée trop dynamique.
Concrètement, des taux plus élevés rendent le crédit plus cher pour les ménages, les entreprises et les États, ce qui tend à réduire la demande et à contenir la hausse des prix.
Aux États-Unis, la Réserve fédérale a relevé son taux directeur de près de 0 % début 2022 à une fourchette supérieure à 5 % en 2023.
En zone euro, la Banque centrale européenne a porté son principal taux de refinancement de 0 % à plus de 4 % sur la même période.
Pourquoi les obligations redeviennent centrales
Cette hausse rapide des taux a profondément transformé le marché obligataire.
Une obligation est un titre de dette qui verse un intérêt régulier. Plus les taux sont élevés, plus les nouvelles obligations offrent des rendements attractifs.
Début 2026, les rendements des obligations d’État reflètent ce changement :
– les obligations françaises à 10 ans évoluent autour de 2,8 à 3 %,
– les obligations allemandes à 10 ans autour de 2,3 à 2,5 %,
– les obligations américaines à 10 ans autour de 4 %.
Pendant plus d’une décennie, ces rendements étaient très faibles, parfois négatifs en Europe, ce qui avait réduit l’intérêt des obligations dans les portefeuilles.
Aujourd’hui, elles retrouvent un rôle de source de revenu et de relative stabilité, notamment pour les investisseurs prudents.
Quelle est la hiérarchie traditionnelle entre actions et obligations
Traditionnellement, les obligations sont considérées comme des actifs plus défensifs, offrant des revenus réguliers mais limités.
Les actions, qui représentent une participation dans des entreprises, sont vues comme plus risquées mais porteuses de croissance à long terme.
Dans un schéma classique :
– les obligations stabilisent les portefeuilles lorsque l’économie ralentit,
– les actions performent davantage lorsque la croissance économique est forte.
Cette hiérarchie a déjà été mise à l’épreuve par le passé, notamment lors de périodes d’inflation élevée ou de chocs monétaires, comme dans les années 1970 ou au début des années 1980.
Pourquoi cette hiérarchie est de nouveau remise en question
La période récente a brouillé ce fonctionnement.
Entre 2022 et 2023, la hausse rapide des taux a provoqué une baisse simultanée des prix des obligations et des actions, un phénomène inhabituel.
Les obligations ont chuté parce que les anciennes émissions à taux bas perdaient de la valeur face aux nouvelles obligations mieux rémunérées.
Les actions ont été pénalisées car des taux plus élevés réduisent la valeur future des bénéfices des entreprises et pèsent sur l’investissement.
Ce double mouvement explique pourquoi, début 2026, le rapport de force entre ces deux classes d’actifs est encore en phase de test.
Des marchés actions solides mais sous contrainte
Les marchés actions, mesurés par de grands indices comme le S&P 500 aux États-Unis, le CAC 40 en France ou l’Euro Stoxx 50 en Europe, ont montré une certaine résilience ces dernières années.
Cependant, on parle de valorisations élevées lorsque le prix des actions est important par rapport aux bénéfices générés par les entreprises.
Ces valorisations sont souvent mesurées par des ratios comme le rapport entre le prix de l’action et les bénéfices annuels.
Lorsque ces ratios sont supérieurs à leur moyenne historique, les marchés deviennent plus sensibles aux déceptions économiques, à un ralentissement des bénéfices ou à des taux durablement élevés.
Un équilibre encore instable début 2026
Début 2026, ni les actions ni les obligations ne s’imposent clairement.
Les obligations offrent de nouveau des rendements attractifs, mais restent sensibles aux décisions futures des banques centrales.
Les actions conservent un potentiel de croissance, mais dans un environnement où la visibilité économique reste limitée.
Ce rapport de force reflète un marché en phase d’arbitrage, encore en train d’intégrer les conséquences durables du resserrement monétaire.
Les prochains trimestres permettront de déterminer si l’on revient à une hiérarchie plus classique, ou si un nouvel équilibre s’installe durablement.