Or papier vs or physique : ce que révèle le moment où l’on ne peut plus arbitrer
On croit souvent que le sujet “or papier vs or physique” est un débat de puristes. Tant que tout se passe bien, c’est presque vrai. Les supports se comparent, se substituent, s’arbitrent. Et puis un jour, sans annonce spectaculaire, quelque chose se bloque : ce n’est plus le prix qui décide, c’est la capacité à agir.
Le moment le plus instructif n’est pas celui où l’or monte ou baisse. C’est celui où l’on veut sortir, ajuster, sécuriser… et où l’arbitrage ne répond plus.
Ce que signifie “arbitrer”, en pratique
Arbitrer, ce n’est pas “changer d’avis”, c’est prendre une décision à un moment T. C’est pouvoir transformer une position en autre chose, rapidement, au prix attendu, avec un risque maîtrisé.
En période normale :
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un ETF ou un certificat se vend en quelques clics,
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un produit indiciel se liquide selon des règles connues,
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la liquidité est “invisible” parce qu’elle paraît acquise.
Le problème est que cette liquidité dépend d’un enchaînement : marché ouvert, contreparties actives, carnet d’ordres alimenté, spreads raisonnables, système de règlement-livraison fonctionnel.
Le test réel : quand la liquidité cesse d’être automatique
Le point aveugle de beaucoup d’investisseurs est là : ils évaluent le support à partir de sa facilité d’achat, pas à partir de sa facilité de sortie dans un contexte dégradé.
Quand l’environnement se tend, plusieurs phénomènes apparaissent :
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des écarts entre prix théorique et prix exécutable,
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des spreads qui s’élargissent (on “paye” la sortie),
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des volumes qui disparaissent (on ne trouve plus la contrepartie),
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des délais qui s’allongent,
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une dépendance accrue aux règles de l’émetteur ou du marché.
Ce n’est pas une “panique”. C’est une friction. Et cette friction suffit à rendre l’arbitrage psychologiquement et techniquement plus difficile.
Or papier : une exposition efficace, mais conditionnelle
L’or papier (ETF, certificats, produits indiciels) reste un outil efficace pour suivre un prix, ajuster une exposition, ou gérer une allocation dans un portefeuille.
Mais il faut accepter la nature du contrat :
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vous possédez une exposition, pas un objet,
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vous êtes dépendant d’un intermédiaire et d’un marché,
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votre sortie suppose que l’infrastructure fonctionne au moment précis où vous en avez besoin.
En temps normal, cette dépendance est invisible. En période de stress, elle devient le sujet.
Or physique : une liquidité “différente”, mais non conditionnée au marché financier
L’or physique n’offre pas l’illusion de l’instantanéité. Il impose un rythme : achat, détention, stockage, revente. Mais cette lenteur est aussi une forme de robustesse.
Le test n’est pas “est-ce que je peux vendre en deux secondes ?”
Le test est : “est-ce que je peux vendre sans dépendre d’un marché financier ouvert et fluide ?”
En pratique, la liquidité du physique repose sur :
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l’existence d’un marché de reprise,
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la standardisation (pièces reconnues, lingots aux caractéristiques claires),
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la capacité à justifier l’authenticité,
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un canal de vente.
C’est souvent le moment où certains réalisent que le “support” fait partie du risque.
L’erreur la plus fréquente : comparer uniquement la performance
Comparer or papier et or physique uniquement sur la performance revient à comparer un parachute et un tapis de sol sur leur confort de rangement.
La question utile est différente :
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dans quel scénario est-ce que j’ai besoin de vendre ?
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quels sont mes délais acceptables ?
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de quelle dépendance (intermédiaire, marché) suis-je prêt à dépendre ?
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est-ce que mon support répond à ma raison d’être initiale : couverture, diversification, sécurité ?
Deux scénarios très concrets (et très courants)
Scénario A : l’investisseur “confort d’écran” avec de l’or papier
Tout est piloté depuis un compte : c’est simple, propre, rassurant. Le jour où il veut réduire son exposition, il découvre que la sortie a un coût implicite (spread, exécution) et qu’il ne sort pas exactement “au prix vu”.
Scénario B : l’investisseur “réserve tangible” avec de l’or physique
Il accepte une liquidité moins instantanée, mais il sait que sa réserve ne dépend pas de l’ouverture d’un marché. Son arbitrage est moins rapide, mais plus autonome.
La grille de décision en 5 questions
Avant de trancher (ou de mixer), ces cinq questions filtrent efficacement et peuvent vous aider à prendre une décision:
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Si je dois sortir en 24–48h, quel support répond vraiment à ce besoin ?
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Si l’infrastructure financière est sous tension, qu’est-ce qui reste vendable, à quelles conditions ?
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Quelle part de mon allocation vise un prix, et quelle part vise une robustesse ?
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Suis-je à l’aise avec la dépendance à un intermédiaire ?
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Est-ce que mon support correspond à mon scénario de stress, pas à mon scénario “idéal” ?
Un point terrain avec les professionnels du Comptoir National de l’Or
Chez gold.fr, on observe souvent que la question “papier vs physique” n’arrive pas au premier rendez-vous : elle arrive au moment où l’acheteur se projette dans la sortie, la transmission ou un scénario de tension. C’est là que le support cesse d’être un détail et devient une stratégie.
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