L’inflation fait son retour, l’or aussi

L’inflation fait son retour, l’or aussi

Le prix du bois de construction et de l’acier qui double en un an. Les clous 60% plus chers. Le cuivre au plus haut depuis 10 ans. Une pénurie mondiale de microprocesseurs qui a poussé leur prix de 10 à 30%. Le coût des emballages en hausse de 40%. Et le secteur agricole n’est pas en reste, avec des céréales en hausse de près de 30%.

L’inflation n’est plus une crainte, c’est une réalité. Après avoir touché les industriels, principalement via la hausse des cours des matières premières, elle va impacter significativement le portefeuille du consommateur. Ainsi le PDG de Renault prépare ses clients à des hausses de tarifs de ses voitures. Nestlé, Procter & Gamble, Unilever ont également communiqué des hausses de prix à venir sur les produits de consommation courante.

L’inflation dans les chiffres officiels…

Les statistiques officielles commencent à refléter cette réalité. En Allemagne, l’indice des prix de gros (pratiqués par les grossistes donc), a augmenté de 7.2% sur un an. Aux Etats-Unis, la hausse des prix à la production supporté par le secteur manufacturier atteint 6.2% sur un an.

Chez l’oncle Sam, ces coûts commencent à se diffuser et impactent le consommateur : l’inflation annuelle a atteint 4.2% en avril. Même en considérant l’indice des prix à la consommation hors alimentaire et énergie, une mesure traditionnellement moins volatile, l’inflation américaine avoisine les 3% sur un an, un niveau qu’elle n’a plus atteint depuis 1996 (1).

Certes, il y a un effet de base, car considérer une période d’un an signifie se comparer au mois d’Avril 2020, au plus fort de la tempête économique créée par la pandémie. Mais ces chiffres vont au-delà du simple rattrapage : stimulée par des mesures de soutien budgétaires et monétaires sans précédent, la demande revient si fort que les entreprises font face à des difficultés logistiques. Pénurie de containers, de palettes, de semiconducteurs, etc.

Le rebond de l’or lié à l’inflation

L’or s’est apprécié de plus de 6% en euros et 7.5% en dollars au mois de mai (2), dans ce contexte de hausse de l’inflation (et des anticipations d’inflation). Est-ce à dire que l’or offre une bonne protection contre l’inflation ? Le débat est encore ouvert.

Le statisticien dira que la corrélation directe entre or et inflation est faible : le métal jaune est en réalité lié aux niveau taux d’intérêt réels (taux nominaux – inflation). Lorsqu’ils baissent l’or s’apprécie et inversement, une relation maintes fois testée… Au mois de mai, les taux nominaux sont restés plutôt stables et la hausse de l’inflation a engendré une baisse des taux réels qui a soutenu le cours de l’or. De ce point de vue, la relation or-inflation est donc indirecte.

L’historien répondra que sur le temps très long, l’or protège le pouvoir d’achat. Exprimés en or, le salaire d’un centurion de la Rome antique est à peu près équivalent à celui d’un capitaine de l’armée américaine.

L’économiste citera les deux épisodes historiques de forte inflation que sont les chocs pétroliers : l’inflation mondiale a alors dépassé les 10% et l’or s’est apprécié très significativement (+73% en 1973, et +126% en 1979, en dollars).

Les nostalgiques de l’étalon or indiqueront que l’inflation est un phénomène monétaire et que le métal jaune a démontré sa capacité à s’apprécier en ligne avec la croissance de la masse monétaire.

Enfin, probablement plus pragmatique, l’observateur de marché dira que le métal jaune est une bonne protection, quoiqu’imparfaite, contre les mauvaises surprises en tout genre, et particulièrement celles qui ont de fâcheuses conséquences financières et monétaires.

Complaisance des états et des banques centrales

Et des surprises en matière d’inflation, il pourrait y en avoir, avec la bénédiction des autorités.

Du côté des banques centrales, cela a été théorisé par Ben Bernanke (3), ancien président de la Fed. Pour régler le problème des taux à zéro (voire négatif), il convient de laisser filer l’inflation pour pouvoir ensuite remonter les taux d’intérêts significativement lorsque celle-ci deviendra trop élevée. Ainsi la Fed aura retrouvé des marges de manœuvres, lui permettant de pouvoir baisser à nouveau les taux directeurs lors de prochaines récessions. Une stratégie qui, de l’aveu même de son auteur, n’est efficace que si la banque centrale garde la confiance des acteurs économiques : à trop laisser filer l’inflation, il y a en effet le risque d’en perdre le contrôle…

Du point de vue des états très endettés, l’inflation est une bonne solution car elle érode la valeur de la dette émise. Avec la complicité d’une banque centrale qui maintient des taux bas, les taux d’intérêts réels sur la dette deviennent négatifs. En clair : les états se sucrent sur le dos des épargnants et restaurent leurs équilibres financiers. C’est ce qu’on appelle la répression financière, une sorte de taxation déguisée de l’épargnant.

Inflation temporaire ou durable ?

Les autorités se veulent bien entendu rassurantes et évoquent un phénomène temporaire, conjoncturel liés à la reprise post-Covid qui devrait s’apaiser une fois les goulots d’étranglement logistiques résolus.

D’autres analystes évoquent des facteurs structurels : pendant 30 ans, la mondialisation a été un moteur de désinflation grâce à des chaines de productions globales en flux tendu cherchant toujours le prix le plus bas. Ce système atteint aujourd’hui ses limites pour des raisons environnementales et géostratégiques. Relocalisation et verdissement de l’économie auront un cout pour le consommateur.

Mais pour le moment, sans présager de l’avenir, nous pouvons retenir deux conclusions simples de ce débat : la probabilité d’une surprise à la hausse sur l’inflation a augmenté, et le thème devrait influencer significativement le cours de l’or dans les mois qui viennent.

 

Notes :

  • Sources : Réserve Fédérale de Saint-Louis, US Bureau of Labor Statistics, Consumer Price Index for All Urban Consumers: All Items Less Food and Energy in U.S. City Average.
  • Cours en date du 26 mai.
  • Article sur le blog de la Brookings institution : lien
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Laurent Schwartz
Diplômé de l’EDHEC Business School en 2005, Laurent SCHWARTZ intègre le cabinet d’audit ERNST & YOUNG en 2005 où il travaille pendant 4 ans. Parallèlement, il travaille au sein de l’entreprise familiale créée en 1976 à Strasbourg. Fort de cette expérience et du savoir-faire développé durant ces 40 dernières années, Laurent procède à la refonte du site Internet Gold.fr dédié à l’achat d'or et la vente d’or (pièces, lingots, ...) qui connaîtra un franc succès dès son démarrage en 2008. Il décide alors de développer un réseau de concessions exclusives: Le Comptoir National de l’Or. Il assure désormais le pilotage stratégique du 1er réseau de France qui compte aujourd’hui pas loin de 60 agences réparties dans toute la France et depuis peu en Allemagne (Breisach). Le Comptoir National de l’Or se positionne aujourd’hui comme le leader incontournable sur le marché de l’Or et des métaux précieux en France.
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