Octobre 2018 : peur sur les marchés ; l’or en forte hausse

Octobre 2018 : peur sur les marchés ; l’or en forte hausse

Ce qu’il faut retenir du mois :

  • L’or progresse de près de 5% en euros, alors que les actions françaises chutent d’environ 7.5%
  • Les craintes d’une fin de cycle économique se ravivent
  • L’inflation est en hausse significative sur un an
  • Le déclin des réserves est une préoccupation majeure pour les minières
  • Le dernier rapport du FMI pointe des risques élevés à moyen terme pour la stabilité financière

La meilleure performance mensuelle en 21 mois

Au second fixing de Londres, en fin de mois d’octobre, les cours de l’or ont atteint 1294.15 dollars et 1073.17 euros. Le métal jaune enregistre ainsi une excellente performance mensuelle de +4.69% en euros, ramenant ainsi la performance depuis le début de l’année à un niveau proche de l’équilibre, à -0.67% en euros.

Tableau : résumé cours et performance

Tableau : résumé cours et performance

Les cours ont particulièrement progressé lors de la 2ème semaine. A noter, sans les 3 dernières séances du mois, qui ont vu une baisse de 1.2% en euros, l’or aurait enregistré sa meilleure performance mensuelle (6%) depuis juin 2016, un mois marqué par le résultat du referendum du Brexit.

L’or surperforme le CAC 40 de 12% en Octobre

Cette bonne performance de l’or s’est effectuée dans un contexte de panique sur les marchés actions. Quelques résultats d’entreprises décevants ont ravivé les peurs de voir le plus long marché haussier de l’histoire américaine s’arrêter, le tout dans un contexte de hausse des taux et de guerre commerciale. Ainsi, le Nasdaq a enregistré une baisse de 9% sur le mois, sa pire performance depuis 2008.

Le CAC40, lui, affiche un net repli de 7.3% en octobre. Il en résulte que l’or a « surperformé » les actions françaises de près de 12% sur le mois. Cet écart a même atteint près de 16% le 26 octobre. Sur 2018, l’or est en avance de près de 3.5% par rapport à l’indice parisien.

En clair, l’or a joué en octobre son rôle de valeur refuge et de diversifiant dans le contexte de panique des marchés financiers.

Tableau : comparaison Or (EUR) – Actions

Tableau : comparaison Or (EUR) - Actions

*Performance annualisée

Ce que disent les indicateurs économiques

Les chiffres de l’activité économique continuent à illustrer le thème du « découplage » entre les Etats-Unis et l’Europe. Ainsi la croissance outre atlantique au troisième trimestre a atteint 3.5% en rythme annualisé, au-delà des attentes, tandis que celle du vieux continent décevait en se situant à 1.7%.

Paradoxalement, cette vigueur américaine inquiète. Les arbres ne montant pas jusqu’au ciel, 10 années de bons résultats économiques relancent les débats sur une possible fin de cycle. Mais pour le moment, seul le secteur immobilier continue son repli, tant sur les prix que sur les volumes de ventes.

Les yeux continuent d’être tournés vers la Chine, qui a publié pour le troisième trimestre une croissance de 6.5% sur un an. Ce chiffre, qui laisse rêver, est toutefois à son plus bas niveau depuis 2008, signe que le ralentissement tant prophétisé est en cours.

Inflation : une hausse significative sur un an

Si la dernière série de chiffres d’inflation s’est révélée plutôt conforme aux attentes, elle ne doit pas occulter un fait d’importance : l’inflation est en hausse significative sur un an, principalement tirée par les coûts de l’énergie :

Inflation : une hausse significative sur un an

D’autres chiffres, certes un peu moins sous le feu des projecteurs, contribuent à alimenter la crainte que ce mouvement se poursuive. Ainsi, le salaire horaire moyen américain augmente en septembre de 2.8% en rythme annuel, faisant craindre une inflation par les salaires dans une économie proche du plein emploi. En Europe enfin, l’indice des prix des producteurs a dépassé les attentes pour le 4ème mois consécutif, et s’établit à 4.2% en variation annuelle (août 2018, publié le 2 octobre). S’ils ne veulent pas rogner leur marge, les industriels pourraient passer ces hausses de coûts vers le consommateur…

Notes : source Eurostat, Réserve fédérale de Saint-Louis (FRED). (1) Inflation de septembre 2018, publiée en octobre, (2) chiffres préliminaires du 31 octobre.

La citation du mois

« A l’heure actuelle, le secteur [de la production minière d’or] fait face à une crise existentielle car les réserves déclinent rapidement. Si nous ne remplaçons pas les actifs que nous consommons chaque jour, nous allons disparaitre ».

C’est ce qu’a dit David Garofalo, le PDG de GoldCorp (5ème producteur mondial) lors d’une interview en marge d’une conférence du secteur minier à Melbourne. C’est en effet un constat unanime dans le secteur, et solidement étayé par les faits. A titre d’exemple, aucun site majeur de plus de 30 millions d’onces n’a été découvert au cours des 15 dernières années, alors qu’au moins une dizaine l’ont été sur chacune des décennies 70, 80, et 90.

En clair, l’or « facile » est déjà sorti de terre. Les sociétés minières doivent maintenant se réorienter vers des projets plus petits, complexes, et coûteux. De quoi alimenter un peu plus la thématique du pic de production d’or (« peak gold » en anglais) …

10 ans après la crise financière mondiale, le système est-il plus sûr ?

C’est le titre du dernier rapport de stabilité financière publié par le FMI, qui pointe des risques financiers élevés à moyen terme. Sans surprise, l’institution cite plus particulièrement les fragilités des pays émergents, très sensibles à la politique de normalisation des taux américains et à la hausse du dollar contre leur devise, le tout dans un contexte de tensions commerciales et d’incertitude politique.

Le rapport pointe aussi plusieurs vulnérabilités du système financier international, notamment en raison des niveaux élevés d’endettement. Ainsi, pour les pays les plus importants, la dette du secteur non-financier atteint 250% du PIB, contre 210% en 2008 ! Le fonds monétaire épingle ainsi la dette de l’état américain, qu’il place sur une trajectoire « non-soutenable ».

Enfin, l’institution ne cache pas ses inquiétudes sur la situation financière chinoise. Les efforts de Pekin pour contrôler l’expansion du crédit et réduire l’importance du « shadow banking (1) » ont eu pour conséquence de mettre en difficulté les sociétés privées et autorités locales très endettées qui dépendent fortement de l’accès au crédit pour fonctionner. Le nombre de faillites est donc en hause, malgré le récent assouplissement monétaire. Bien que gérable pour le moment, il ne faudrait pas que cette situation s’aggrave.

Graphique : faillites d’entreprises chinoises

Graphique : faillites d’entreprises chinoises

Source : FMI. 2018 estimé

(1) Le shadow banking est représenté l’intermédiation financière réalisées par des entités non bancaires, par définition peu voire non régulées.

 

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par Nicolas Compard

Nicolas Compard, (Chartered Financial Analyst) Au cours de sa carrière, Nicolas a occupé plusieurs fonctions clés aux sein d’investisseurs institutionnels, notamment à la Caisse de pension du CERN. Analyste, gérant des risques et gérant de portefeuille, il a notamment eu la responsabilité pendant 4 ans d’un portefeuille de matières premières de plusieurs dizaines de millions d’euros. Passionné d’économie et de finance, il poursuit aujourd’hui son travail d’analyse de manière indépendante. Diplômé de l’Edhec, Nicolas est aussi détenteur du certificat de Chartered Financial Analyst® délivrée par le CFA Institute.
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