Cours de l’or : ce qu’il faut retenir de Septembre

Cours de l’or : ce qu’il faut retenir de Septembre

Une performance négative, mais qui se stabilise

A la fin Septembre, les cours de l’once d’or au second fixing de Londres se sont établis à 1187.25 dollars et 1025.07 euros.

La performance du métal jaune sur le mois de septembre s’inscrit donc en terrain négatif (-1.26% en dollar et -0.79% en euro), et ce malgré un rebond notable du cours lors de dernière séance du mois, en particulier en euros.

 

Tableau : résumé cours et performance

Tableau : résumé cours et performance
 

La performance sur 2018 reste en repli, en particulier sur le 3ème trimestre, mais il est intéressant de noter que la tendance est à la stabilisation, après un été difficile. En outre, l’amplitude de variation du cours (écart entre le plus haut et le plus bas) au mois de septembre est environ 40% inférieure à celle observée en aout, quelle que soit la devise considérée.

 

Graphique : performance mensuelle de l’or en EUR, 2018

Graphique : performance mensuelle de l’or en EUR, 2018
 

Sur le long terme, l’or toujours gagnant face aux actions

Après une première semaine en retrait significatif, les marchés actions se sont ressaisis pour terminer le mois en positif : 1.6% pour le cac 40 et 0.4% pour le S&P 500. Les actions ont ainsi conforté leur avance de court terme sur le métal jaune. Sur le long terme (10 ans) le métal jaune conserve cependant une nette avance : +5.2% par an pour l’or en euros, contre +2.8% pour les actions françaises.

Le rôle diversifiant de l’or se maintient, avec une corrélation historique entre les actions françaises et le métal jaune (en euro) proche de zéro. Fin septembre, celle-ci s’établissait à -0.1, un niveau conforme à sa moyenne de long terme.

Le risque de l’or toujours à des niveaux bas…

La volatilité annualisée* de l’or (en euros) s’établit fin septembre à 7%. Cette mesure de risque, très suivie par les analystes, est à un niveau très légèrement supérieure au minimum de mai 2018 (6.25%), mais toujours extrêmement bas d’un point de vue historique.

 

Graphique : volatilité annualisée de l’or en euro, 5 ans

Graphique : volatilité annualisée de l’or en euro, 5 ans
 

A noter, la volatilité des actions françaises, dans les mêmes conditions, se situe à 11%. Bien que modérée en absolu, ce risque est plus de 50% plus élevé que le celui du métal jaune.

*Volatilité réalisée et annualisée des variations de cours sur une période de 60 jours ouvrables glissants

Un contexte politique qui reste tendu

Le climat politique international n’a pas changé significativement, et l’attention des analystes reste rivée sur plusieurs points chauds, dont certains ont des conséquences directes pour l’or.

D’abord aux Etats-Unis où, bien que l’on s’y habitue, la politique non conventionnelle de Donald Trump (tant sur le fonds que la forme) continue à susciter des remous. Le président à annoncé une nouvelle vague de taxes douanières contre les chinois, portant le volume des importations taxées à près de 50%. Malgré les mises en gardes des milieux économiques, ces actions ont des répercussions sur les coûts des entreprises américaines qui, très probablement, augmenteront leur prix, générant de l’inflation.

En Europe, les tensions politiques internes se sont intensifiées. Le 12 septembre, le parlement de Strasbourg a voté en faveur de sanctions contre la Hongrie de Viktor Orban. Un vote symbolique mais qui creuse un peu plus le fossé entre l’est et l’ouest de l’Union Européenne, et maintient à moyen et long terme un risque de dislocation non négligeable.

L’attention s’est aussi portée sur l’Italie qui a annoncé son budget en fin de mois, avec une prévision de déficit de 2.4%, bien au-delà des normes admises par l’union européenne. Un bras de fer s’engage donc entre la Commission et le gouvernement italien et les marchés n’ont pas apprécié la nouvelle : le 28 septembre, jour de l’annonce, l’indice action milanais (MIB) a perdu près de 4%. Le même jour, l’or (en euros), lui, s’est apprécié de 1.1%.

Des nouvelles des banques centrales….

Sans surprise, le 26 septembre, la Réserve Fédérale américaine a relevé son taux directeur d’un quart de point pour l’ancrer dans une fourchette de 2% à 2.25%. Il s’agit de la 8ème hausse depuis 2015, et Jerome Powell a clairement laissé entendre que d’autre hausses étaient à venir en raison de la bonne santé économique américaine, ainsi qu’une inflation proche de son objectif de 2%.

En Europe, sans surprise non plus, la BCE a laissé ses taux inchangés à sa réunion du 13 septembre. Toujours à 0…

Les chiffres des réserves d’or des banques centrales, publiés en septembre par le FMI et relatifs à août, méritent quelques commentaires :

  • Après deux mois atones, les achats d’or par les banques centrales ont quadruplé (40 tonnes environ en aout, contre 11 tonnes en juin et juillet)
  • La Russie reste le premier acheteur, avec 28 tonnes, portant ses achats sur un an à plus de 250 tonnes (plus de 8 milliards de dollars)
  • Invité surprise du palmarès : la Pologne qui a acheté 7.5 tonnes. En combinant ce chiffre avec celui de juillet, il s’agit de son plus gros achat depuis 20 ans ! La banque ne commente pas ses propres opérations, mais les analystes jugent cet achat pertinent : il permet de diversifier ses avoirs tout en restant liquide. Nous verrons si cette politique s’amplifie dans les mois à venir…

Ce mystérieux investisseur qui a misé 1 milliards de dollar sur l’or

Chaque trimestre, les sociétés d’investissements doivent déclarer au gendarme de la bourse américaine (la SEC) leurs positions en titres cotés, si celles-ci dépassent certains seuils. Cela inclue notamment le SPDR Gold Shares (GLD), le plus gros fond d’or physique du monde, avec une capitalisation de presque 30 milliards de dollars. Le dernier rapport en date, au 30 juin, a fait apparaitre une surprise de taille : l’achat par FIL Ltd pour près de 1 milliards de dollar de titres de ce fonds.

FIL Ltd gère plus de 70 milliards de dollars, et est apparentée au groupe Fidelity, un des plus gros gestionnaires de fonds du monde. Avec cet achat, l’or physique, via le ce fonds, devient la 9ème position du portefeuille, pour des montants équivalents à ses avoirs en actions Microsoft ou Alphabet. Une preuve que cet institutionnel de renom voit dans l’or un moyen de protéger son portefeuille actions.

A noter enfin, le fond spéculatif américain Paulson & Co, célèbre pour avoir prédit la crise des « subprimes » et misé dessus, reste le 7ème détenteur du SPDR Gold Shares, avec une position d’environ 500 millions de dollars.

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par Nicolas Compard

Nicolas Compard, (Chartered Financial Analyst) Au cours de sa carrière, Nicolas a occupé plusieurs fonctions clés aux sein d’investisseurs institutionnels, notamment à la Caisse de pension du CERN. Analyste, gérant des risques et gérant de portefeuille, il a notamment eu la responsabilité pendant 4 ans d’un portefeuille de matières premières de plusieurs dizaines de millions d’euros. Passionné d’économie et de finance, il poursuit aujourd’hui son travail d’analyse de manière indépendante. Diplômé de l’Edhec, Nicolas est aussi détenteur du certificat de Chartered Financial Analyst® délivrée par le CFA Institute.
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