31 tonnes d’or, 2 milliards de dollars — et le Venezuela ne peut pas y toucher. Voici pourquoi.
Depuis 2019, 31 tonnes d’or vénézuélien sont bloquées dans les coffres de la Banque d’Angleterre.
Valeur estimée : plus de 2 milliards de dollars.
Ce cas illustre une réalité méconnue : posséder de l’or ne garantit pas d’y accéder.
Le Venezuela détient 31 tonnes d’or physique stockées à la Banque d’Angleterre depuis les années 1980. Cette pratique est courante : de nombreux pays conservent une partie de leurs réserves dans les coffres de grandes banques centrales étrangères, notamment à Londres et à New York.
En 2018, le gouvernement vénézuélien a demandé le rapatriement d’une partie de cet or. La Banque d’Angleterre a refusé. Le motif invoqué : le Royaume-Uni ne reconnaissait pas la légitimité du gouvernement de Nicolás Maduro, préférant celle de l’opposant Juan Guaidó, alors proclamé président par intérim.
Depuis, plusieurs procédures judiciaires se sont succédé devant les tribunaux britanniques. En juin 2023, la Cour suprême a confirmé le blocage, au motif que le gouvernement et le pouvoir judiciaire britanniques devaient « parler d’une seule voix » en matière de politique étrangère.
Juan Guaidó a depuis été écarté par l’opposition vénézuélienne elle-même (fin 2022), et le Royaume-Uni ne le reconnaît plus. Mais l’or reste bloqué.
En 2020, la valeur de ces réserves était estimée à environ 1,95 milliard de dollars. Avec la hausse du cours de l’or depuis (+50 % environ), cette valeur dépasse aujourd’hui 2,5 milliards de dollars.
Ces réserves représentent environ 15 % des réserves de devises du Venezuela — un pays en crise économique profonde, avec une dette extérieure estimée à plus de 164 milliards de dollars.
En 2020, le Venezuela avait demandé à la Banque d’Angleterre de transférer l’équivalent d’un milliard de dollars au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), pour financer la lutte contre le Covid-19. Refusé.
Le cas vénézuélien n’est pas unique. Il illustre une réalité structurelle : l’or stocké à l’étranger dépend de la volonté du pays hôte de le restituer.
Plusieurs pays ont tenté, avec plus ou moins de succès, de rapatrier leurs réserves ces dernières années :
Ces mouvements traduisent une préoccupation croissante : en cas de conflit diplomatique ou de sanctions, l’or stocké à l’étranger peut devenir inaccessible.
Le parallèle avec l’investisseur particulier est direct. L’or détenu via un intermédiaire (banque, plateforme, coffre externalisé) dépend de la capacité de cet intermédiaire à honorer ses engagements.
Si l’intermédiaire fait défaut, est sanctionné, ou décide de bloquer l’accès pour une raison réglementaire, le propriétaire « théorique » de l’or peut se retrouver dans la même situation que le Venezuela : propriétaire sur le papier, mais incapable d’accéder à son bien.
L’or physique détenu directement — pièces ou lingots en possession personnelle — reste le seul format qui échappe à ce risque. C’est aussi celui qui demande le plus de précautions (stockage, assurance, discrétion).
Mais c’est précisément cette absence de dépendance qui en fait, pour certains épargnants, un actif de dernier recours. et qui explique que certains préfèrent garder leurs lingots d’or à domicile, comme ce papy de plus de 90 ans qui s’est fait voler 122 kilos d’or par deux faux-policiers à Chambéry.
SOURCES
– Reuters : Venezuela gold at Bank of England
– Cour suprême britannique : décision juin 2023
– RTS (Suisse) : Venezuela or livré en Suisse 2012-2016
– World Gold Council : réserves banques centrales
– Bundesbank : rapatriement or allemand 2013-2017
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