L’argent est souvent analysé comme un simple dérivé de l’or, soumis aux mêmes logiques de marché et aux mêmes réflexes d’investissement. Quand l’or monte, l’argent suit. Quand l’or corrige, l’argent amplifie le mouvement.
Cette lecture simplifie à l’excès. Elle occulte un facteur déterminant : le poids croissant de l’usage industriel dans la formation des prix. Et ce poids change la donne.
Contrairement à l’or, dont plus de 90 % de la production historique existe encore sous forme de lingots, pièces ou bijoux, l’argent est massivement consommé.
Selon le Silver Institute, la demande industrielle représente environ 55 % de la demande totale d’argent. Électronique (contacts, soudures), panneaux photovoltaïques, équipements médicaux, véhicules électriques : les usages se multiplient.
En 2024, la seule filière solaire a absorbé plus de 200 millions d’onces d’argent, contre 100 millions en 2020 (soit deux fois plus en seulement 4 ans). Cette croissance, tirée par la transition énergétique, crée une pression structurelle sur l’offre disponible.
Quand un investisseur achète un lingot d’argent, le métal reste disponible. Il peut être revendu, refondu, remis sur le marché.
Quand un fabricant de panneaux solaires utilise de l’argent, le métal disparaît pour des décennies. Les quantités utilisées par cellule sont faibles (quelques grammes), mais dispersées dans des millions d’installations. Le recyclage existe, mais il reste marginal et coûteux.
Cette caractéristique modifie profondément la lecture du marché. Une hausse de la demande industrielle ne se traduit pas par un simple stockage temporaire. Elle réduit durablement le métal disponible pour les autres usages.
Lorsque les prix de l’argent évoluent rapidement, l’explication est souvent cherchée du côté des investisseurs ou de la spéculation. Les ETF argent, les contrats à terme, les positions des hedge funds font les gros titres.
Or, une partie des tensions récentes provient de contraintes beaucoup plus concrètes. La production minière mondiale stagne autour de 820-850 millions d’onces par an depuis dix ans. Les principaux pays producteurs (Mexique, Pérou, Chine) font face à des coûts d’extraction croissants et à des gisements qui s’appauvrissent.
Résultat : le marché de l’argent est en déficit structurel depuis quatre années consécutives. En 2024, ce déficit est estimé à environ 150 millions d’onces par le Silver Institute.
Cette double nature — métal monétaire et métal industriel — rend l’argent plus sensible aux cycles économiques que l’or.
En phase d’expansion industrielle, la demande en argent augmente mécaniquement. Les prix peuvent monter même si les investisseurs financiers restent à l’écart. C’est ce qui s’est passé en 2020-2021, tiré par le boom du solaire.
À l’inverse, un ralentissement économique global peut peser sur l’argent même lorsque l’or joue pleinement son rôle de valeur refuge. En 2022, l’argent a sous-performé l’or précisément pour cette raison : la crainte d’une récession industrielle pesait sur les anticipations.
Analyser l’argent uniquement par comparaison avec l’or conduit souvent à des conclusions incomplètes. Le ratio or/argent (actuellement autour de 85-90, c’est-à-dire qu’il faut 85 à 90 onces d’argent pour acheter une once d’or) est un indicateur utile, mais il ne dit pas tout.
Pour comprendre les mouvements de l’argent, il faut suivre deux fils en parallèle : la dynamique des métaux précieux d’une part, et la santé de l’industrie mondiale de l’autre. C’est cette double lecture qui permet d’anticiper — ou au moins de comprendre — certains mouvements de prix qui, sans cette grille, paraissent incohérents.
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