Début janvier, le décor est rassurant.
Les marchés ne s’emballent pas. Les graphiques ne crient pas alerte. Les commentaires parlent de stabilité retrouvée.
Ce sentiment est confortable.
Et c’est précisément pour cela qu’il mérite d’être questionné.
Quand rien ne semble urgent, l’esprit conclut vite que la situation est saine.
C’est le biais de normalité : tant que l’environnement ressemble à ce que l’on connaît, il paraît inutile de revoir sa lecture.
Ce biais n’est pas irrationnel. Il est humain.
Mais appliqué aux marchés, il produit souvent une lecture trop courte, trop immédiate, trop confiante.
Un marché calme n’est pas forcément équilibré.
Il peut simplement être en phase de transition, d’attente ou de digestion de décisions passées.
Certaines tensions ne disparaissent pas.
Elles s’accumulent discrètement : politiques monétaires encore contraignantes, niveaux d’endettement élevés, fragilités sectorielles persistantes.
Elles ne font pas de bruit. Pas encore.
Janvier renforce ce biais plus qu’un autre mois.
Le changement d’année donne l’impression d’un redémarrage propre, presque mécanique. Comme si une ligne avait été tirée.
Or les marchés n’obéissent pas au calendrier.
Les décisions prises l’année précédente continuent de produire leurs effets, parfois avec retard. Mais l’œil humain, lui, cherche des repères simples. Et le “nouvel an” en est un très puissant.
L’absence de mouvement n’est pas neutre.
Elle peut signaler une attente collective, une hésitation partagée, un ajustement silencieux.
Dans ces phases, le danger n’est pas de s’inquiéter trop tôt.
Il est de confondre normalité visuelle et stabilité réelle.
Le “tout semble normal” de janvier n’est pas une conclusion.
C’est un signal faible.
Il invite à regarder ce qui ne se voit pas immédiatement : les décalages, les fragilités latentes, les tensions qui ne s’expriment pas encore.
Souvent, les mouvements les plus marquants se construisent précisément dans ces périodes où rien ne semble se passer.
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