Analyses Economiques Articles de presse | — 10/03/2017 — Aucun commentaire

Comprendre l’Or Investissement

L’or fait rêver. Parfois fantasmer. Il est depuis des siècles symbole de richesse et de prestige. Son rôle dans l’histoire a été capital : il a symbolisé le dieux Ra chez les Egyptiens, il a servi à mesurer la richesse des rois et a permis la construction de plusieurs systèmes monétaires.

Lorsqu’on investit, il est hautement recommandable de dépasser l’imaginaire collectif pour se fonder sur des arguments objectifs et rationnels. C’est pourquoi il faut s’intéresser à ses propriétés, aux facteurs qui font varier son cours, et aux risques qu’il comporte.

Les propriétés physiques de la monnaie

Si l’or a été utilisée comme monnaie pendant des siècles, il le doit d’abord à ses caractéristiques et propriétés physiques.

En premier lieu, il est durable : il ne s’oxyde pas à l’air et ne se dissout que très difficilement. Aucun risque sérieux donc qu’un lingot de 1kg n’en fasse plus que 995 grammes à quelque échéance que ce soit.

Il est dense : une quantité importante d’or prend peu de place. Il est donc facile à transporter et à stocker.

Il est malléable, et donc facile à travailler. En outre, les techniques de fonte en font un métal aisément divisible, sans perte de matière.

L’or est uniforme. Sa qualité, déterminée par son titrage est équivalente en tout lieu. Ainsi une pièce d’or de titrage 900/1000 est équivalente à une autre pièce de même titrage et poids. Et un lingot de 1 kg équivaut à 10 lingotins de 100 grammes.

Il est également facilement identifiable. Un œil averti ou des tests chimiques simples suffisent à le reconnaitre.

Enfin et surtout, il n’est pas synthétisable. Malgré les siècles d’efforts des alchimistes, on ne peut pas en créer. Il est donc par définition disponible en quantité finie.

Toutes ces propriétés ont favorisé son acceptation quasi universelle en tant que monnaie. Avec l’argent, il a permis le développement des échanges et soutenu la puissance commerciale des états et des empires.  De façon intermittente ou simultanée, l’or a logiquement assuré au cours des siècles les trois fonctions principales d’une monnaie : règlement des échanges, unité de compte et réserve de valeur. Soit de manière directe, soit de manière indirecte au travers des mécanismes d’étalon or.

Un actif réel

Depuis la fin de la convertibilité or du dollar en 1971, l’or n’est plus une monnaie au sens littéral du terme : impossible de faire ses courses avec un Napoléon. Il est devenu un actif, pas tout à fait comme les autres : un actif refuge.

Tout d’abord c’est un actif réel. Palpable. Ce n’est pas un bout de papier dont la valeur dépend de la confiance qu’on donne à son émetteur. Il n’est d’ailleurs adossé à aucun passif, contrairement à la plupart des autres actifs, en particulier les obligations et les monnaies qui portent explicitement ou implicitement la dette des états qui les émettent.

Puisqu’il n’est pas synthétisable, personne ne peut décider unilatéralement d’augmenter sa quantité. Il ne porte pas de taux d’intérêt, et il n’y a pas non plus d’autorité politique, fut-ce t’elle indépendante, en charge de sa gestion, comme c’est le cas, par exemple, des banques centrales pour la monnaie ou du Trésor pour les obligations. Il n’y a donc pas de « planche à lingot d’or » et il est impossible de décréter « politiquement » une dévaluation de l’or.

Puisque c’est un actif physique, on imagine mal comment pourrait s’organiser la logistique d’une « confiscation ».  De fait, les quelques exemples historiques de confiscation ou de restriction d’achat d’or se sont révélés relativement inefficaces. Par ailleurs, la plupart de ces événements datent de plus de 50 ans, une époque où l’or jouait un rôle monétaire central. Dans le monde contemporain, comme le montre l’exemple récent de Chypre, il est bien plus facile et efficace de décréter une confiscation des avoirs bancaires, par une simple écriture comptable couplée à des restrictions de retrait au guichet.

Pas étonnant, dès lors de retrouver le métal jaune en bonne place le concept développé par l’économiste Joe Roseman. Celui-ci identifie sous l’acronyme  SWAG (Silver, Wine, Art, Gold), une classe d’actifs physiques, disponibles en quantités finies, durables et protégés du risque de défaut des états. Des propriétés diversifiantes que n’offrent pas la plupart des investissements traditionnels et qui méritent donc l’attention des investisseurs.

L’image rassurante qu’offre l’or investissement n’est pas un mythe infondé. De par ses attributs physiques et réels, il est relativement protégé de certains aléas potentiellement ravageurs. Mais pour autant l’or fluctue. Il faut donc en revenir aux fondamentaux : le cours de l’or est d’abord influencé par les lois de l’offre et la demande.

… à suivre

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par Nicolas Compard

Nicolas Compard, (Chartered Financial Analyst) Au cours de sa carrière, Nicolas a occupé plusieurs fonctions clés aux sein d’investisseurs institutionnels, notamment à la Caisse de pension du CERN. Analyste, gérant des risques et gérant de portefeuille, il a notamment eu la responsabilité pendant 4 ans d’un portefeuille de matières premières de plusieurs dizaines de millions d’euros. Passionné d’économie et de finance, il poursuit aujourd’hui son travail d’analyse de manière indépendante. Diplômé de l’Edhec, Nicolas est aussi détenteur du certificat de Chartered Financial Analyst® délivrée par le CFA Institute.
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